Le poteau-mitan castrateur !

 

Publié le 07/07/2006 à 09:01

Par Oxymore
Comme d’autres de mon blog,  cet article s’inscrit dans un paradigme oxymoresque. En effet dans la mesure ou pour ithyphallique que soit cette image du poteau-mitan, il n’en demeure pas moins, à mes yeux, castrateur de ces mêmes phallus qu’il représente…

Aussi est-ce cela ce que je me propose de vous démontrer ici.

Le poteau-mitan est un axe central sur lequel repose tout l’édifice de la maison. Dans les Oumfo ( temple Vaudou ) il indique le chemin que prennent les esprits pour se manifester aux humains présents dans le temple. Dans la litterature antillaise et dorénavant dans le langage courant, le poteau-mitan est la femme forte qui, supporte la clé de vôute de l’édifice famillial antillais.

 

Les hommes antillais sont reputés pour être absents du foyer. Absents tant physiquement que symboliquement.
D’ailleurs dans nos cultures tropicales pour peu qu’un homme habite avec une femme fut-ce sa mère, sa compagne ou sa sœur,.. on dit (alors que l’on se propose d’aller le voir, lui) on dit, je vais chez la mère de …, chez (le prénom de la femme ou de la sœur) de l’homme, …. Comme si, à moins d’être seul, la maison n’abritait pas d’hommes…

 

Comment donc comprendre cette abscence de présence masculine dans l’inconscient collectif de la société antillaise ? comment comprendre cela d’autant plus que cette abscence de père et donc de repère, constitue une souffrance dans une famille qui de facto se trouve amputée d’un membre, puis d’un autre,….autant de pères absents, autant de membres fantômes que l’on croît toucher mais qui ne sont présents que de façon épisodiques,…

Comment comprendre donc le comportement de ces hommes, alors que ceux-ci ont été éduqués pour une grande majorité par des mères délaissées ?

Comment se fait-il que des femmes qui ont souffert d’une situation, par l’éducation qu’elles donnent à leurs fils, les inclînent à reproduire le modèle du mâle antillais tant décrié ???

 

Pour ma part je pense que cette femme poteau-mitan, de par sa fonction, de par sa position non seulement centrale mais aussi unique dans la maison, ne se pose qu’en modèle pour les petites filles… Les petites filles comprennent très vite car elles sont éduquées en ce sens, qu’il n’y a rien à attendre des hommes (antillais) et que, quand elles auront leur famille, elles aussi devront être des poteau-mitans.

Ainsi les petites filles ont déjà un modèle, …un modèle infatué qui les valorise et qui justement explique qu’il puisse se perpétuer de génération en génération.

Aussi, là où les petites filles se voient proposer un modèle, les petits garçons se trouvent néantis de modèle masculin. Cela d’autant plus que la femme assume pleinement son rôle de poteau-mitan  et ne laisse au jeune garçon comme image masculine, que celle d’hommes qui passent par moments, s’arrêtent par instants et continuent systématiquement,..
de toute façon elles savent bien qu’elles seront toujours là pour leurs enfants, qu’ils n’auront besoin de rien et cette omnipotence qu’elle veulent rassurante pour leurs enfants est en fait un néantissement supplémentaire de la responsabilité masculine vis-à-vis de leurs petits garçons.

 

Cela est d’autant plus grave que ces petites filles devenues femmes, ne savent pas quel comportement est censé adopter un homme dans une maison, pis inconsciemment elles supposent que la maison est un dû et que l’homme ne peut-être que toléré sous ce poteau-mitan.

A la rigueur comme beaucoup d’entre elles n’ont pas connu d’hommes restant à demeure à la maison, une fois devenues adultes, elles auront tendance à faire de leur maison, une résidence secondaire pour l’homme, celui-ci ayant ailleurs une résidence principale mais celle-ci sans poteau-mitan !
Ainsi vont les antilles où cette forêt de poteau-mitans masque l’arbre de la connaissance de l’identité masculine !

… la suite :

Toutefois, ceci constaté, il n’est pas d’explications avancées. Aussi parmi de probables, j’en propose une qui me semble possible :

A l’époque de l’esclavage, l’esclave était un bien meuble.
Meuble cela signife qu’il appartient au maître, par conséquent il ne s’appartient pas.
Il a tout au plus la conscience d’exister, mais sait-il qu’il est ? ….

 

Et quand bien même aurait-il conscience d’être,  quelle serait donc cette perception qu’il a de lui-même ? : fort probablement celle que véhicule la société de l’époque.
C’est-à-dire qu’il a de lui-même la certitude d’appartenir au maître de la plantation. Il n’y a pas d’autres repères, comment pourrait-il se percevoir autrement ?

La seule porte entreouverte vers une conscientisation humaine serait celle de la religion, mais là encore celle-ci est adossée au système colonial et loin de condamner l’esclavage, l’église le justifie et l’organise  (notament à partir des écrits vétéro-testamentaires sur la condition des esclaves et de l’épisode Nöe faisant de la descendance de Canaan les esclaves de Sem et Japhet Gn 9, 24-27)…

Aussi, lorsque l’esclave reçoit une éducation religieuse, il est convaincu que le système qu’il subit est ainsi voulu par Dieu … Il est persuadé que c’est là, la seule volotné de Dieu : … Si Dieu veut ! (terrible phrase dans la bouche de trop d’antillais encore de nos jours ….)

 

Ainsi l’on voit que, quelque soit la perception ontologique de lui qu’il cherche, l’esclave se trouve néanti de son humanité, néanti de son Etre, …d’un côté il est la chose, du maître, de l’autre il est le fruit du péché …

 

Avec de tels atoûts, quelle donc pourrait être la perception que l’esclave  pourrait avoir de sa descendance ?

Cette descendance qui de plus ne lui appartient même pas, cette femme qu’il désire et qui ne lui appartient pas non plus.

 

Comment dès lors parler de re-production ?

 

Pour ma part, l’esclave ne se reproduit pas. Il produit l’outil de production.

L’esclave n’est pas qu’un bien meuble, c’est en plus un bien fertile (j’appelle bien fertile un bien qui augmente en quantité à partir de lui-même. Dans les biens fertiles je classe les plantes, l’argent, le savoir et l’on peut y adjoindre les esclaves).
Du point de vue économique, le génie du système esclavagiste est lié au fait qu’il est basé sur deux biens fertiles :

–         d’une part, la canne à sucre et toutes les autres cultures agricoles (on sème, on arrose, cela germe,..)

–         l’esclave (on lui donne à manger, on lui donne la possibilité de se reproduire, au besoin on viole les femmes et l’outil de production croît,…)
Seule la perception ontologique de la RE-production permet au géniteur de s’affirmer en tant que modèle…

J’ose même dire que le passage du statut d’esclave à celui d’homme libre requiert une rupture ontologique dans la perception que doit avoir l’homme antillais de lui-même. L’esclave produit une descendance, l’homme libre se reproduit …C’est là : la différence !

 

L’homme libre antillais a du mal à se re-produire dans la mesure où il ne se perçoit déjà que difficilement. Un homme privé de sa conscience d’Etre peut-il aimer correctement ? peut-il donner ( de l’amour, de l’affection, des caresses, ..) ?

Je me permet de vous renvoyer à un précédent article de mon blog : Dénigré

Si l’on accepte l’hypothèse que par atavisme ou via l’inconscient collectif certains comportements puissent perdurer alors on peut considérer que cela explique le comportement du mâle antillais ….


On pourrait poursuivre …

 

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