Aurore !

La journée était en train de s’en aller !
Dans un bruissement d’ombres, le soleil furtif, se glissa sous les nuages.
La journée se tiédissait, les babilles s’estompaient….
La  nuit décolletait son manteau étoilé quand sa rondeur albâtre s’arrondit
dans le ciel. L’indescence du sublime spectacle avait fait rougir le
ciel qui, las de l’insuporte, s’en était allé vers des lendemains
meilleurs.
La  nuit maraude se mettait en place, c’était l’heure où les phantasmes se
préparent tandis que les désirs se mûrissent. Chacun récitant sa prière
afin que Dieu lui offriît sa chacune du soir….
La nuit magique se mettait en place,
les luminaires s’alignaient il allait s’endormir le grand papillon aux ailes somnolentes quand tout à coup, il claqua ….
Le kâ !
…..
Sûr, c’était le dieu kâ qui hypnotise les oreilles, viole les âmes,  tambourine les thorax, c’était lui qui frappait, .. frappait et encore, encore !
Tambouyés !
Et  la danse se prenait dans les pieds. Fièrement ils imposaient la cadence tandis que les répondès s’embellissaient les bouches des paroles de corps de femmes …
Des jambes à étreindre comme un jour sans faim !
Des fesses à claquer comme la peau du cabrit
Des hanches à creuser comme une eau ravine
Des sexes à aimer comme des centres du monde ….
Des mamelles à sucer comme une mangue juteuse
Des cous à déguster comme un sorbet trop ferme
Des lèvres à gouter comme une mousse humide.
La vie à honorer comme seul sait le faire le kâ !
Et les mains des hommes qui frappaient le cabrit à défaut de caresser leurs femmes.
Et le ka qui chantait la beauté comme l’auraient fait les femmes.
Et les notes qui s’envolaient babillardes comme leur marmaille piallante.

Et les pieds qui toujours dictaient la cadence, martelaient l’amour, écrasaient le malheur, chroche-patant la  détresse, effrayant la souffrance, suppliciant la peur.
Et  ce peuple qui avait tant souffert, venait déposer au pied de ce Dieu sa
souffrance afin que celui-ci s’en nourrît et en fît des mélodies
giboyeuses de promesses et de forces.
Artiste,  il l’était ce Dieu,.. pour composer de si fracassantes beautés avec de
telles souffrances, seul un démiurge thaumaturge pouvait le faire.
Et  les esprits qui descendaient sur les têtes tandis que les vapeurs
d’alcool s’exhalaient des corps,… et les yeux qui rougissaient comme des
dorlysses de carême… et les femmes qui s’estompaient en relevant leurs
hommes aux têtes ployées, aux  sexes affaissés, au souffle coupé, la vié ététée  (? ) en haut du maitre morne du Dieu Kâ !

Et elle était là, comme moi à regarder une araignée qui semblait tenir un arbre à l’envers de son bout de  fil…

La chaleur des tambouyés avait gagné nos corps, le vent se faisait caressant,
la température s’entêtait,
son effluve se faisait obscène
le rythme se faisait de plus en plus obsédant,
syncopé, chaloupé, les paroles se perdant dans le lointain….
« …krab ka déclaré, si la tè pa ni plézi ! ( X3 fois )
sel koté ki ni plézi, sé an ba la tè ki ni plézi !… »
 » …les crabes ont décrété, qu’il n’y a pas de plaisir sur la terre ! ( X3 fois)
le seul endroit où il y a du plaisir, c’est sous la terre !… »
L’érotisme de la situation était là
comme un ressort comprimé en permanence.
Je sentit les esprits descendre en ma tête…
Un criquet arythmique prétexta notre éclipse du léwoz, partis à sa recherche il nous égara dans le détour d’un champ de cannes.
Une luciole craintive se  cacha dans un rayon de lune.
Les mains fouillaient, malaxaient, carressaient les peaux…
Ses doigts creusaient des sillons de plaisirs sur ma peau. Quand je labourais son humus, ses ongles scarifiaient mon corps..
A coups de pioches, à coups de pelles, à coups de belles enjambées de plaisir on se goûtait, on se délectait l’un de l’autre,
La vie, s’éfforçait de nous étourdir quand nous ne désirions que l’entretenir de l’autre, elle passait par dessus nos têtes sans que nous puissions l’arrêter, étoile filante ou comète dans l’éternité, les présages sourdaient de notre histoire sans que nous ne puissions les déchiffrer,
Et  là, au bout du chemin de mon amour, cette femme transpirée de plaisir,
piétinée de joie, eclaboussée par mon désir, trébuchait dans mon
inexistence, me révélant à moi-même, là où il y a peu je dormais  encore,…
Et  là, tout au long du chemin de mon amour, des sourires glissants,
escparpant les pentes, raidissant les descentes, fleurissaient la route
et emporté par le tourbillon de cette femme, je ne pouvais m’arrêter
pour les cueillir et pourtant vint une pente,….
Et  là, tout au bout du chemin de mon amour, à cet
instant où le morne s’apprête à être étêté, un bouquet pourtant pas
plus beau, surgit et dans un désir imbécile de quitter l’ivresse, je
m’accroupis pour cueillir des fleurs qui même à peine bourgeonnées
n’auraient jamais été capables de m’offrir l’ivresse des instants
passés…
Et là, depuis le bout du chemin de mon amour, le souffle me manqua et elle suffoca ….

Femme,….
Cruel retour à la réalité…

le son dégagé tendait les sens, l’oreille aux aguets
Je  sentis les esprits descendre en ma tête et quand elle se relevait …..
elle était là, cette femme, à côté de moi, humide de larmes de sueurs et
de plaisir. C’était le tiède retour à la réalité … nos esprits
regagnaient leurs corps, l’étreinte ne se lâcha pas et la vie continuât
jusqu’au tournant gauche de la nuit ….

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