Dans le château de Barbe-Bleue

Je ne pense pas m’avancer beaucoup en disant que tout le monde sait qu’il s’agit d’un conte populaire français dont la version la plus connue est celle de Charles Perrault. Pour mémoire voici la  substance que nous en retenons : « Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la Campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de devant lui.

Barbe-bleue

Barbe-bleue

Une de ses Voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en Mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle voudrait lui donner. Elles n’en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l’une à l’autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. … enfin tout alla si bien, que la Cadette commença à trouver que le Maître du logis n’avait plus la barbe si bleue, et que c’était un fort honnête homme.

Dès qu’on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut. Au bout d’un mois la Barbe bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en Province,…Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements : Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s’il vous arrive de l’ouvrir il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. …

… Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les gardes-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux gardes-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs, …. Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s’y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son Mari lui avait faite, et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c’étaient toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu’il avait égorgées l’une après l’autre)…. ». En substance, nous voyons bien que nous sommes dans une situation ou tout n’est que beauté, luxe et richesse dans toutes les pièces et que au détour de l’une d’entre-elles on y découvre l’horreur absolue…

Pour nous donc, le château de Barbe-Bleue est la Civilisation occidentale, si riche, si belle, si fière d’elle-même et quelque part nous pensons y trouver une pièce, un fait en rapport avec un crime, qui serait cet horrible cabinet couvert de sang…

Si notre propos incrimine la Civilisation occidentale, ce n’est pas du fait d’une accusation ciblée, cela est dû bien entendu à sa position hégémonique sur la planète Terre mais aussi et surtout que seule la civilisation occidentale a inventé, élaboré, conceptualisée la notion d’humanité …

Revenons donc à notre propos initial qui était de traiter du crime contre l’humanité. Donc précisons ce dont on parle :

Un crime contre l’humanité est une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». Cependant, « il n’y a pas, pour les crimes contre l’humanité, de définition généralement admise ». La notion de crime contre l’humanité est une catégorie complexe de crimes punis au niveau international et national par un ensemble de textes qui regroupent plusieurs incriminations. La Cour pénale internationale comprenant 110 États-membres est le principal tribunal permanent chargé de sanctionner les crimes contre l’humanité. L’article 7 du Statut de Rome en détaille la liste, même si elle n’est pas exhaustive :
meurtre ; extermination ; réduction en esclavage ; déportation ou transfert forcé de population ; emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; torture ; viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ; persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste (..) ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ; disparitions forcées de personnes ; crimes d’apartheid, autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale….

Pour notre part, ce qui est surprenant à la lecture de ces définition de crime contre l’humanité c’est que l’on se dit, mais, … il ne s’agit ni plus ni moins du sort qui a été réservé aux femmes à toutes les époques et sous toutes les latitudes….

Dans le gynécée (pièce d’une habitation strictement réservée aux femmes) :

« meurtre ; extermination ; réduction en esclavage ; déportation ou transfert forcé de population ; emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; torture ; viol, esclavage sexuel, prostitution forcée… » :

  • meurtre jusqu’à maintenant dans bien des pays notamment l’Inde à la naissance on jette les bébés filles au fond du puits car si la famille a déjà plusieurs filles elle ne pourra pas payer la dot pour le mariage et donc pour éviter cette humiliation suprême on préfère jeter la fille au fond du puits….
  • Extermination : L’histoire est pavée d’exemple ou des femmes ont été tuées en masse, les premières en général (dans les camps de concentration en général,..)…
  • la réduction en esclavage : c’est encore largement le cas même en France où les femmes font un travail souvent pénible à la maison sans compensation pécuniaire, sans la moindre reconnaissance, et ce en plus de leur travail « à l’extérieur ». Il est quand même aberrant de dire qu’une femme au foyer de ne travaille pas…
  • déportation : la déportation des femmes n’a pas commencé dans la Rome antique avec l’enlèvement des Sabines,… là encore les exemples sont trop nombreux pour les citer…
  • prostitution forcée : dans l’ancien testament Abraham fait passer sa femme pour sa sœur afin qu’elle devienne la maitresse du pharaon afin que lui ait en échange des troupeaux et moultes richesses,..

Enfin on pourrait aussi dire que comme dans l’esclavage la femme est un objet qui appartient à l’homme. J’en veux pour preuve que lors du mariage elle perd son nom pour prendre celui de son mari. Elle est donc un objet qui appartient à un homme. En France encore tous les trois jours il y a au moins une femme qui meurt sous les coups de son conjoint,…

Pour se faire une idée plus précise de l’évolution du statut de la femme en France, ce site internet est très clair : http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/femm/datesfemmes.htm. Quelques exemples symptomatiques :

1790 Les lois de la Révolution : la femme a le même droit à l’héritage que les enfants de sexe masculin.
1804 Le Code Napoléon consacre l’incapacité juridique de la femme mariée. La femme, considérée comme mineure, est entièrement sous la tutelle de ses parents, puis de son époux ;
1907 La femme mariée qui travaille a le droit de disposer de son salaire (mais pas de gérer ses autres biens).
1938 Loi reconnaissant à la femme une « capacité juridique » restreinte : droit d' »ester en justice », de témoigner, etc…
1941 Le divorce est interdit pendant les trois première années suivant le mariage; ensuite aussi, sauf en cas de sévices graves et répétés.
1944 (le 21 avril) droit de vote accordé aux femmes
1946 Le préambule de la Constitution pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes.
1965 Réforme du régime matrimonial de 1804 : la femme peut gérer ses biens, ouvrir un compte en banque, exercer une profession sans l’autorisation de son mari.
1965 L’enseignement technique est ouvert aux filles.
1967 Loi Neuwirth autorisant la contraception ; celle-ci sera remboursée en 1974.
1970 La mère devient l’égale du père en matière d’autorité parentale.
1990 Arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux.
1992 Loi réprimant les violences conjugales, et loi sanctionnant le harcèlement sexuel au travail.

Il est quand même symptomatique de voir tout ce que l’on a du faire pour arriver à ce qui pour nous est un respect de la femme dans son humanité….

Ainsi pour être très clair et pour faire court nous dirons que pour les mêmes raisons qui font que l’esclavage et la traite négrière sont un crime contre l’humanité, nous proclamons hautement que le mariage aussi en est un. Car c’est sous son couvert que bon nombre de crimes ont été commis, probablement même davantage que pour tous les esclavages réunis…

Ainsi nous disons qu’alors que nous nous promenons dans le Château de Barbe Bleue nous venons d’ouvrir le gynécée mais que ce n’est pas la pièce la plus horrible…

Avant d’aller plus loin, nous mettons en garde le lecteur et en particulier la lectrice sur le fait que ce qui suit peut heurter très violemment certains équilibres psychologiques. Il est très dangereux de s’y pencher… Pour être très clair, les hommes et en particulier les femmes qui ont eût recours à l’avortement sont invité(é) à ne pas poursuivre la lecture de ce texte…

Dans la nursery (Pièce(s) d’une maison réservée(s) aux enfants.

Nous sommes dans le secrétaire où il est strictement interdit d’entrer…

Dans l’esclavage pratiqué aux Antilles, l’usage voulait que l’esclave fût un bien meuble (attaché à la plantation), il disposait d’une personnalité juridique limitée (habilité à témoigner, à se plaindre, mais réputé peu fiable), comparable à celle d’un enfant. Les dispositions du Code noir faisant état de son humanité ne sont pas nécessairement conformes à l’usage qui en fait ne lui reconnaissant pas toujours le caractère humain…

Ces questionnements relatifs à l’humanité de l’esclave nous ont immanquablement renvoyé aux problématiques relatives au statut de l’embryon…

En droit français la personnalité juridique ne s’acquiert qu’à la naissance pourvu que l’enfant soit vivant et viable. Pourtant  avant même de naitre il a déjà traversé certaines étapes. Au cours des huit premières semaines il s’agit d’un embryon et de Huit semaines à la naissance il s’agit d’un fœtus, d’un enfant en devenir….

L’article premier de la déclaration des droits de l’homme stipule « Les hommes naissent libres et égaux en droit.. » donc du point de vue juridique il ne peut il y avoir meurtre avant la naissance puisque la personnalité juridique n’est pas attestée…

Pour bien rentrer dans ce débat il convient de bien différencier le statut de l’embryon, du fœtus de sa nature… En effet le statut de l’embryon est réglé par les textes de lois mais la nature n’est pas attestée de façon si formelle. Pour en revenir au débat sur l’esclavage, le statut de l’esclave était attesté par les textes de loi (le Code Noir entre autres)  mais la nature de l’esclave n’était pas attestée. Dans mon propos préliminaire, c’est l’église qui aurait du établir la nature humaine de l’esclave. La reconnaissance de l’esclavage et la traite négrière comme crime contre l’humanité tient bien au fait que le statut de l’esclave est entré en collision quatre cent ans plus tard avec la nature humaine de ce dernier…

Aussi notre questionnement est ici de déterminer si l’embryon et le fœtus est de nature humaine :

embryon foetus

embryon foetus de 8 semaines

Que peut-on dire de cela ?Peut-on dire que l’embryon ci-visible de 8 semaines approximativement est de nature humaine ?Nous n’avons pas la connaissance des dimensions de cet embryon mais quoiqu’il en soit posons-nous la question de savoir si quelque chose d’inhumain peut donner naissance à quelque chose d’humain ?…

Ici nous entreprenons la réponse qui est de dire que le caractère humain de quelque chose est quelque chose de transcendantal, donc pour nous l’embryon et le fœtus sont des êtres humains…

Ainsi, si pour nous l’avortement n’est pas un meurtre car le terme relève du domaine juridique et juridiquement l’embryon ni le fœtus n’ont de personnalités juridiques donc il ne peut il y avoir meurtre. Par contre d’un  point de vue transcendantal, l’avortement est bel et bien la destruction d’un Être vivant… et qui plus est sans défense aucune, même pas en enfant…. Et des destructions comme celles-ci on en estime 50 millions chaque année dans le monde, et à plus d’un milliard le nombre total d’avortements légaux réalisés dans le monde depuis les légalisations diverses depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Au Japon et en Chine l’avortement est légal jusqu’au 9ème mois, en France jusqu’à 12 semaines…

En tout cas, si l’avortement ne peut être qualifié de meurtre du point de vue juridique, il nous semble qu’il pourrait et devrait être qualifié de crime contre l’humanité du point de la nature même du crime contre l’humanité…. Que peut-il il y avoir de pire que de tuer un enfant sans défense ?

Et pourtant nous sommes tous passifs dans ce château de Barbe-Bleue en admirant les splendeurs des autres pièces (encore que…) tout en sachant ce qui se passe dans ce cabinet et que l’on nous invite à ne pas regarder (cf débat sur le statut de l’embryon…)….

En clair, un crime contre l’humanité, pour ne pas dire : Le crime contre l’humanité, le plus horrible de par sa nature, de par ses proportions, de par son étendue, se passe au su et au vu de tout le monde et nous ne bougeons pas ???

Pour en revenir à l’esclavage :

Pour en revenir à un questionnement chronique qui est de savoir comment est-ce que les occidentaux, les philosophes des lumières, les prêtres et toutes les âmes charitables ont pu laisser se perpétrer un crime contre l’humanité comme l’esclavage, nous dirons simplement qu’ils ont fait comme nous en ce moment…..

Oxymore !

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