Réflexions et propositions sur la violence en Guadeloupe !

La genèse :

La dérive de la violence dans notre société républicaine démocratique particulièrement attachée à la liberté est un phénomène dont nous avons pris lentement et récemment conscience. Que nous est-il arrivé ? Comment avons-nous laissé filer les incivilités, les agressions et s’installer une situation particulièrement dommageable aux plus fragiles : les pauvres, les femmes, les enfants ? Cette interrogation, les individus, les familles, les responsables, se la posent tous uniment et séparément. Il était inévitable qu’elle s’adresse aussi à ce qui constitue l’un des principaux vecteurs de la culture et de la communication dans notre société : la télévision.

Cette introduction pourrait passer pour écrite en Guadeloupe, pour la Guadeloupe, eût égard aux phénomènes de violences actuels….

Toutefois il n’en n’est rien. Ces propos sont les propos introductifs du Rapport « La violence à la télévision » de Madame Blandine Kriegel à Monsieur Jean-Jacques Aillagon[1], Ministre de la Culture et de la Communication le 14 Novembre 2002. C’est dire si le phénomène de la violence préoccupe la société, le Politique depuis longtemps….

Etat de l’art

Est-ce à dire à partir de ce rapport qu’il n’y a rien de nouveau ?

… Peut-être pas… cependant certaines phrases de ce rapport nous paraissent d’une brûlante actualité.

Je cite :

  • page 13  : « Au cours de la dernière décennie des années 90, la délinquance des jeunes en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie a été le phénomène le plus notable. Si elle ne marque pas de la même manière tous les acteurs des couches sociales, et caractérise d’abord celles qui sont atteintes par le chômage, les inégalités et les discriminations, Hugues Lagrange estime qu’elles sont néanmoins liées à ce qu’il appelle « l’assouplissement de l’autocontrôle dans le contexte de fragmentation sociale des années 80-90 engendrée par le chômage durable. » Les années de forte croissance de la délinquance en France, les années 93-97, ne touchent pas seulement à l’équilibre social, elles entament aussi l’identité des individus. »

Afin de relier cela à notre contexte local, je me bornerai à compléter certains termes par des aphorismes qui me sont propres :

  • 63% des jeunes de moins de 26 ans sont au chômage
  • inégalités de traitement institutionnalisé entre ceux bénéficiant de primes de vie chère et les autres
  • à compétence égale il existerait des discriminations chromatiques…
  • page 14 de ce rapport : « Ce sont particulièrement les enquêtes du rapport Debarbieux sur les violences en milieu scolaire et les statistiques qu’il a fournies sur la victimisation qui ont montré l’influence indiscutable parmi les jeunes, en particulier sur les élèves des collèges défavorisés, de la montée de la violence à l’école. L’enquête, commencée en 1994-95, poursuivie en 1998-99 dans trente-trois établissements a interrogé plus de vingt mille élèves de collèges âgés de onze à dix-sept ans, et permis de montrer une corrélation entre l’établissement défavorisé et le développement de la violence, ou encore dans la perception du sentiment d’insécurité. Le racket, les insultes, les vols, les coups, la violence ressentie, l’agressivité perçue entre élèves et professeurs, les attaques racistes, font apparaître que les plus jeunes, les plus faibles, 10% des élèves de milieu défavorisé sont en réelle souffrance. En 1995, 24% des élèves des établissements populaires pensaient que la violence était très présente dans leur établissement, trois ans plus tard, ils sont 41%. De même, les professeurs étaient 7% en 1995 à estimer qu’une forte violence existait dans leur collège, en 1998, ils sont 49%. En 1995 36% des victimes du racket pensaient que la violence était très présente dans leur établissement, elles sont 60% à le penser en 1998. Comme le dit la conclusion de l’enquête de 1998 et de 1999 de Debarbieux : « ce qui apparaît donc très nouveau dans l’enquête récente est le fait que la classe devient un lieu plus fréquemment cité comme réponse à la question ouverte : Où y a t-il de la violence ? »
    • Afin de répondre insidieusement à cette dernière remarque, je ferai remarquer que les évènements au Lycée du Lamentin l’année dernière, le renvoi des jeunes étudiantes pour leurs écrits cette année, les évènements de ce Lundi 30 Septembre 2013 au lycée de la Pointe des Nègres en Martinique, ne sont pas des épiphénomènes qui apparaissent comme cela dans notre société antillaise,… les symptômes sont là, ils sont présents

 

  • Page 17 de ce rapport : « L’impact des émissions violentes sur les conduites consiste à examiner l’incidence des conduites violentes d’une aire géographique bien délimitée avant et après l’introduction de la télévision. Joy et ses collègues (1986) ont étudié l’agressivité d’enfants juste avant l’introduction de la télévision, et deux ans après, dans une ville canadienne, en comparant les évolutions des enfants de deux autres villes similaires recevant une seule chaîne canadienne et trois chaînes américaines. Les résultats indiquaient que l’agressivité physique avait augmenté de 160% deux ans plus tard dans la ville où avait été introduite la télévision (tandis qu’elle avait augmenté beaucoup plus faiblement dans les autres villes). »

Aussi le constat que nous pouvons faire à la lecture de ces quelques éléments est que d’autres rapports, au moins aussi crédibles sont là pour nous accompagner dans cette gestion de la violence. Les constats, les exemples, sont nombreux. Les explications et les conseils sont émis, il ne reste plus aux gouvernements qui voudraient réellement gérer le niveau de violence dans la société, qu’à en écrire l’air, … la partition leur ayant déjà été donnée.

 

Parmi ces rapports incontournables, celui de l’OMS en 2002 : « Rapport mondial sur la santé et la violence »[2] où la encore des extraits parlent très clairement à notre inconscient collectif d’antillais :

  • Page 36 du rapport : « Le comportement des parents et le milieu familial jouent un rôle essentiel dans le développement d’un comportement violent chez les jeunes. Une supervision et une surveillance qui laissent à désirer et des châtiments corporels sévères pour punir des enfants sont des prédicteurs importants de la violence pendant l’adolescence et les premières années de l’âge adulte. Dans son étude de 250 garçons de Boston, au Massachusetts (Etats-Unis), McCord (82) conclut qu’une piètre supervision parentale, une agressivité parentale et une discipline sévère à l’âge de 10 ans font nettement augmenter le risque de condamnations ultérieures pour violence et ce, jusqu’à l’âge de 45 ans. Eron, Huesmann & Zelli (83) ont suivi près de 900 enfants à New York, dans l’Etat de New York (Etats-Unis). Ils ont conclu que des châtiments corporels sévères infligés par les parents à l’âge de 8 ans laissaient prévoir non seulement des arrestations pour violence jusqu’à l’âge de 30 ans, mais également – pour les garçons – la sévérité des châtiments qu’ils infligeraient à leurs propres enfants et la violence qu’ils feraient subir à leur épouse. Dans une étude portant sur plus de 900 enfants maltraités et près de 700 témoins, Widom a démontré que la violence physique et la négligence enregistrées pendant l’enfance laissaient prévoir des arrestations ultérieures pour violence – indépendamment d’autres prédicteurs tels que le sexe, l’appartenance ethnique et l’âge (84). D’autres études arrivent aux mêmes conclusions. »
  • On pourra utilement rappeler chez nous le thème du féminicide qui, il y a quelques six mois revenait de façon lancinante dans les chroniques des journalistes….

 

  • Page 38 du rapport : « La structure familiale joue également un rôle important dans l’agressivité et la violence ultérieures. Il ressort d’études réalisées en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis que les enfants qui grandissent dans une famille monoparentale risquent plus de devenir violents (74, 77, 92). Ainsi, dans une étude réalisée en Angleterre, en Ecosse et au Pays de Galles qui portait sur 5 300 enfants, la séparation des parents entre leur naissance et leurs 10 ans faisait augmenter le risque de condamnation pour violence jusqu’a` l’âge de 21 ans (92). Dans l’étude de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, le fait de vivre avec un seul parent a` l’âge de 13 ans laissait prévoir des condamnations pour violence jusqu’a` l’âge de 18 ans. Le soutien et les ressources économiques probablement plus limités dans ces situations peuvent expliquer pourquoi l’éducation en pâtit souvent et le risque d’être impliqué dans des actes de violence augmente chez les jeunes. »

Là encore, nous ne connaissons que trop bien les configurations familiales insulaires… J’en veux pour preuve, cette étude de l’INSEE sur les Inégalités aux Antilles Guyane. Aussi apprend t-on dans ce rapport que les écarts de bas revenus sont sans communes mesures Enquete INSEE 2006

avec ceux de la France Métropolitaine.

  •  Les familles monoparentales en France : ici. « Le nombre de familles monoparentales ne cesse de croître depuis quarante ans (graphique). Elles sont aujourd’hui 2,5 fois plus nombreuses qu’en 1968. En 2005, 17,7 % des enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale, contre 7,7 % en 1968. » : ici.
      • En Guadeloupe, sur la base du recensement de 2006, on recensait 23,6% des familles qui étaient monoparentales :
      • Autrement dit, il y a presque autant de familles monoparentales que de famille avec enfants…

 Enfin, cette longue introduction n’a qu’un seul but, celui de dire :

1)      Il n’y a aucune surprise, les faits, les causes de cette violence sont connus depuis longtemps.

2)      Si l’on veut réellement gérer cette violence, des études, des préconisations ont déjà été faites.  Elles seraient assurément longues à résumer toutefois elles relèvent d’un certain bon sens, et il n’est pas besoin de compétences exégétiques pour les comprendre.
Dans le rapport mondial sur la santé et la violence de 2002.

Première préconisation relative à la violence des jeunes : « créer des systèmes de collectes de données » : cela doit se comprendre à partir de l’aphorisme de Sénèque : « il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où aller ! : en clair, pour réduire, gérer la violence, il faut mesurer certaines choses, définir des indicateurs, s’appuyer sur une nomenclature internationale, calculer, préconiser, agir puis partager avec ceux qui gèrent de même….

  • Mais quoiqu’il en soit il faut se donner des objectifs…

Des préconisations claires sur la violence des jeunes ont été faites. Le rapport de 2002 de l’OMS n’est pas dogmatique, il ne dit pas il faut faire ceci ou cela… D’une certaine façon il dit même le contraire, j’en veux pour preuve en page 52 l’extrait suivant : « Cependant, aucune stratégie ne suffit  à elle seule pour réduire le lourd fardeau de la violence des jeunes pour la santé.. En fait, des approches multiples et concurrentes seront nécessaires et elles devront être adaptées a` l’endroit où elles seront appliquées. Ce qui aide à prévenir la violence chez les jeunes au Danemark, par exemple, ne donnera pas forcément de résultats en Colombie ou en Afrique du Sud. »…

En revanche les préconisations relèvent du bon sens : «

comparer les jeunes qui commettent des délits violents avec les jeunes qui commettent des délits non violents et ceux dont le comportement n’est ni violent ni délinquant;

déterminer quels facteurs de risque ont des effets différentiels sur la persistance, l’escalade, la désescalade et la cessation des délits violents a` différents âges ;

cerner les facteurs qui protègent contre la violence des jeunes ;

sur la part des filles dans la violence chez les jeunes ;

sur le plan interculturel, sur les influences culturelles et sociétales sur la violence chez les jeunes ;

dans des études longitudinales mesurant tout un éventail de facteurs de risque et de protection, afin de mieux comprendre le cheminement en matière de développement qui mène a` la violence chez les jeunes ;

permettre de mieux comprendre comment on peut effectivement modifier les facteurs macro-économiques et sociaux pour réduire la violence chez les jeunes. »

Encore une fois, beaucoup de choses ont déjà été dites, et il serait pertinent d’y prêter une attention constructive.

Parmi les rapports les plus orientés, un de ceux qui a fait couler le plus d’encre….  Il s’agit de l’expertise collective de l’INSERM en 2005 sur les « Troubles de conduite de l’enfant et de l’adolescent[3] ».

Là encore les préconisations sont à prendre et/ou ne pas prendre pour les adapter localement, mais des idées sont déjà défrichées….

Quelques exemples de Recommandations figurant dans le rapport :

  • « Sensibiliser les familles, les enseignants et le public en général à la reconnaissance des symptômes précoces du trouble des conduites.
  • Former les médecins et les autres professionnels de santé à la reconnaissance d’un trouble des conduites.
  • Sensibiliser le secteur judiciaire aux risques et conséquences d’un trouble des conduites.
  • Développer des structures d’écoute et d’accueil pour les enfants, les adolescents et leurs parents.
  • Améliorer le dispositif de dépistage en population générale.
  • Mettre en place un repérage et un suivi des familles à risques dès la période anté- et périnatale… « 

Ce rapport de l’INSERM est fait de 436 pages et le chapitre sur les Recommandations se lit sur 23 pages….. Là encore, relativement à notre société Guadeloupéenne il y a à prendre et à laisser…

Toutefois, même si beaucoup de choses ont déjà été dites sur la violence, même si il est plus qu’utile de ne pas faire de nouvelles études pour parvenir aux mêmes conclusions, il est un chapitre particulier du thème de la violence qui mérite à lui tout seul d’être développé, déployé et expliqué aux parents, enfants et tous ceux qui baignent dans le monde des médias visuels….

Violence et télévision

Moins de trois mois après la fusillade de Newton, qui a coûté la vie à quelque 26 personnes, dont 20 enfants, l’industrie du jeu vidéo se retrouve dans l’oeil du cyclone américain, qui s’intéresse de près à la distribution de certains titres violents.

Si la Maison Blanche se refuse encore à incriminer formellement la pratique des jeux vidéo, plusieurs projets de lois ont tout de même refait surface depuis le début de l’année, pour en réguler, par exemple, la commercialisation. Quant aux éditeurs, qui étaient parvenus à débouter une mesure comparable dans l’Etat de Californie au terme de longues années de combat, ils doivent désormais montrer patte blanche.

Il n’a pas échappé à votre sagacité que l’intitulé du chapitre faisait référence à la télévision et que j’introduisais le débat sur la thématique des jeux vidéos. En fait, cette pirouette est liée au fait que le lien entre la violence à la télévision et son influence sur la vie réelle est clairement établi depuis une vingtaine d’années et qu’il n’est plus à remettre en cause.

Il a été établi tout au long des cinquante dernières années ou des études longitudinales citant d’autres études déclarent : « Etude américaines pediatrics sur la violence  : Extrait :

  • « Research has associated exposure to media violence with a variety of physical and mental health problems for children and adolescents, including aggressive behavior, desensitization to violence, fear, depression, nightmares, and sleep disturbances. More than 3500 research studies have examined the association between media violence and violent behavior; all but 18 have shown a positive relationship. Consistent and strong associations between media exposure and increases in aggression have been found in population-based epidemiologic investigations of violence in American society, cross-cultural studies, experimental and “natural” laboratory research, and longitudinal studies that show that aggressive behavior associated with media exposure persists for decades. The strength of the correlation between media violence and aggressive behavior found on meta-analysis is greater than that of calcium intake and bone mass, lead ingestion and lower IQ, condom nonuse and sexually acquired human immunodeficiency virus infection, or environmental tobacco smoke and lung cancer—associations clinicians accept and on which preventive medicine is based without question.»
    • En résumé une étude portant sur 3500 autres études a montré que toutes les études sauf 18 d’entre elles établissaient un lien fort de cause à effet entre l’exposition à des images violentes et l’adoption de comportements violents… Nier une telle corrélation serait plus irréaliste que de nier un lien l’absorbtion de calcium et le renforcement des os ou alors nier un lien entrela fumée de cigarette et le cancer du poumon…

Ainsi, dit de façon sèche et brutale et indiscutable : « l’exposition à des scènes violentes génère chez nous des comportements plus agressifs…

Le 17 janvier 2013 un avis de l’académie des sciences intitulé : « L’enfant et les écrans »  a été remis à : Mesdames les Ministres :

–          des Affaires Sociales et de la Santé
–          de la Culture de la Communication
–          délégué chargée de la Famille
–          de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
–          des Sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative
–          déléguée chargé de la Réussite Educative
Messieurs les ministres :
–          de l’Economie et des Finances
–          de l’Education nationale
–          du redressement Productif

Dans le chapitre de cet avis consacré à la question de la violence ( chapitre §5.3) différentes remarques sont pertinentes comme :
–          page 29 : « Ces résultats n’ont évidemment qu’une valeur statistique. Face à une personne violente qui regarde souvent des images de violence, il est impossible d’affirmer qu’elle serait violente pour cette raison. D’autant plus que l’observation des conduites d’autrui que ce soit dans la réalité ou dans des mises en scène, n’est qu’un facteur parmi des centaines d’autres qui influencent les conduites agressives… ».

–          page 30 : à propos des bandes de jeunes : « Et ceux qui ont des tendances craintives cherchent la protection de ceux qui seraient susceptibles de les protéger… même si c’est au prix d’être eux-mêmes les premières victimes de leur violence. Ils se soumettent à un leader dont ils acceptent non seulement l’autorité, mais aussi les mauvais traitements et acceptent d’être constitués en bouc émissaires dans leur propre bande. C’est pour eux le prix à payer pour se sentir protégés. La bande fonctionne ainsi comme un dispositif de persécution tout autant que de protection. »

Un deuxième aspect que met en exergue ce rapport et qui mérite d’être souligné tant il est vrai qu’il est peu abordé dans les autres rapports  est la problématique liée à la Nouvelle culture du virtuel (§5.2. ).

Ainsi les auteurs (dont Serge TISSERON) analyse le bouleversement psychologique induit par cette nouvelle culture du virtuel dans les termes suivants :

–          page 25 : « La culture du livre valorise l’identité unique censée être la propriété privée d’un individu… Le mécanisme de défense privilégié y est le refoulement, c’est-à-dire un processus inscrit dans la durée : un désir interdit est refoulé, et ce refoulement peut donner lieu à un retour du refoulé ou à une sublimation. Il y a toujours un avant et un après du refoulement. Quand il s’est mis en place, plus rien n’est comme avant. Enfin la culture du livre donne un statut d’exception aux formes verbales de la symbolisation, à travers la parole l’écriture. Celles-ci sont valorisées comme le support privilégié des apprentissages et de l’expression, tandis que les images sont perçues comme une activité enfantine ou un divertissement, sans que leur soit reconnue une place comme support de pensée, de réflexion et d’échanges.

Au contraire, avec les écrans, l’identité se démultiplie. Le Moi n’est pas la propriété privée d’un individu, mais une fiction tributaire entre un groupe de personnes, et donc à  chaque fois différente. Chacun devient multi identitaire. Avoir plusieurs identités ne signifie pas pour autant avoir plusieurs personnalités. Chacun n’en a qu’une seule mais il est condamné à l’ignorer. Elle est un « foyer virtuel » que les identités multiples permettent d’explorer et de cerner, jamais de connaitre tout à fait. A chaque moment, il en est de nos identités comme des vêtements dans notre garde-robe. Nous les essayons à la recherche de notre personnalité décidemment insaisissable. Les identités multiples et les identifications flottantes définissent une nouvelle normalité dont la plasticité est la valeur ajoutée, tandis que l’ancienne norme du « moi fort intégré » est disqualifiée en psychorigidité. Quant à la pathologie, elle ne commence que quand ses identités échappent au sujet et qu’il devient incapable de différencier le dedans du dehors, l’intériorité de l’extériorité. »…

Ainsi il est totalement certains que diffuser des images violentes rendra les gens plus agressifs, plus violents.

Aussi quand on est déjà dans un contexte social sinistré ( 60% de jeunes au chômage, des inégalités de traitements entre salariés du privé et du public institutionnalisées, le sentiment très fort au sein de la population de discriminations chromatiques à l’embauche, cf 2009, LKP etc…, un taux énorme de familles monoparentales et donc fragilisées économiquement, socialement, psychologiquement, affectivement, je ne parle même pas des taux énormes de problèmes de santé publique) quand on montre de la violence dans des proportions ahurissantes, on est en droit de dire que toutes ces images ne feront que jeter de l’huile sur le feux…..

Je sais bien que l’on dira, les gens n’ont qu’à ne pas regarder la télévision

Mais là encore je dirai, très bien voyons les chiffres  :

Pourtant des chiffres sont là, leur interprétation souvent est faite depuis longtemps, les autorités en ont connaissance mais même si les chiffres sont connus, on dirait qu’il semble impossible, incongru , inexact et injuste de les exposer en plein jour et de leur accorder la crédibilité qu’ils sont en droit de revendiquer…

Les chiffres :

–          Durée de visionnage de la télévision :

  • en Guadeloupe en Avril-Juin 2012 (rapport de MetriDom) : 4h59 minutes pour les 13 ans et plus ;
  • en Métropole la durée est de 3h47 minutes pour les 4 ans et plus (Rapport Médiamétrie 2012).

–          Un rapide calcul nous montre qu’un enfant qui regarde la télé passe en moyenne par an :

  • 1 368 heures devant la télé en France Métropolitaine ;
  • 1 825 heures devant la télé en Guadeloupe (soient 76 journées de 24 heures par année ou encore s’il s’agissait de journée de formations de 8 heures, cela représenterait 228 jours de formation par an…)

–          La durée d’une année scolaire en nombre d’heure est : (source Ministère de l’éducation nationale)

  • à l’école élémentaire : 864 heures soit 47% du temps passé face à la télé
  • au Collège : 1 080 heures soit 59% du temps passé face à la télé
  • au lycée : 1 440 heures soit 79% du temps passé face à la télé

Dès lors au vu de ces chiffres, il n’est pas raisonnable de se demander qui de l’école ou de la télévision éduque et/ou  influence le plus nos enfants…

NB :Une précision s’impose toutefois avant de poursuivre plus avant : « Le propos de cet article n’est pas de dire que la télévision est la cause de toutes les violences de la société Guadeloupéenne, mais une chose est sûre : c’est que c’en est une cause indéniable. »

En 1994, on recensait sur les chaînes nationales près de dix scènes de violence par heure. C’est-à-dire que quelqu’un qui regarde la télé en Guadeloupe observerait en une année 1 825 heures X 10, soit 18.250 scènes de violence…

L’information suivante est livrée à titre anecdotique : nombre de chaines accessibles aux téléspectateurs sur les 30 dernières années :

Nombre de chaines depuis 20 ans en France

Nombre de chaines depuis 20 ans en France

 

 

 

Je compléterai mon propos à l’attention des départements des Antilles et de la Guyane en INSEE AG 2006 pas de fracture technologiquefaisant remarquer que l’INSEE dans son étude sur les Inégalités aux Antilles Guyane consacre un chapitre entier au fait qu’il n’y a pas de fracture technologique entre les classes les plus aisées et les plus pauvres…..

Que faire ?

Ainsi donc au travers de la télévision nous avons identifié une cause certaine de la violence. Dès lors la seule vraie question est donc de savoir comment faire pour changer cet état de fait. Qu’est-ce qui dans nos comportements pourrait contribuer à faire baisser cette spirale de la violence ?

Dans les préconisations qui suivent, j’adopterai une démarche conforme à celle préconisée OMS 2002 modele ecologique de la violencedans le rapport mondial sur la violence et la santé de l’OMS en 2002 qui décrit la violence sur la base d’un modèle écologique ( cf page 13 de ce rapport) :

 

 

Toutefois je me garderai bien de redire ce qu’ils ont dit. Je me contenterai pour cela de renvoyer les lecteurs de cet article aux pages 43 à 54 de ce rapport de l’OMS.

Pour ma part, je dirais les choses suivantes : Trois angles d’attaques (au moins) doivent être envisagés :

Au niveau individuel :

  • En prenant du recul pour analyser la chose l’on observe que nous sommes dans une situation où la violence se nourrit de certains programmes télévisuels.  Or non seulement, les annonceurs ont remarqué que les téléspectateurs sont friands de programmes violents mais de surcroît certaines études (« Acute exposure to stress improves performance in trace eyeblinkconditioning and spatial learningtasks in healthy men ») montrent qu’en soumettant un individu à des situations de stress extrêmes cela améliore ses capacités mnémoniques et donc il devrait d’autant mieux retenir les annonces publicitaires qui feront suite à ces situations de stress.
    • En synthèse la télévision nourrit la violence et la violence nourrit la télévision.
      Nous sommes donc dans une boucle qui ne fera que s’amplifier.
      Dès lors la question est de savoir que faire aussi la réponse ne peut-elle autre que : « sortir de cette boucle ».
  • Pour diminuer le taux de violence en croissance manifeste, il faut que chacun et de façon systématique évite les films et les programmes violents. Il faut que nous prenions conscience que certains programmes que nous regardions habituellement que nous considérions comme non-violents sont violents (des séries comme « madame le juge » par exemple, les actualités sous prétexte d’informer, les télénovelas qui ne font qu’égréner des violences affectives sentimentales ou psychologiques,…). Il faut le faire non seulement à notre niveau personnel à nous, mais aussi et surtout vis-à-vis de nos enfants. Il en va de l’avenir de notre société Guadeloupéenne…. Il faut prendre du recul et considérer que la violence la plus banale elle-même n’est pas acceptable. Il ne s’agit pas de ne condamner que Kill Bill et autres Rambo mais aussi toutes ces séries et tous ces évènements qui banalisent la violence qui la rendent propre mais qui finissent par la légitimer…

Je suis d’accord avec le fait qu’il ne restera plus grand-chose à regarder… mais c’est le prix à payer pour passer d’un cercle vicieux à un cercle vertueux car il faut forcer le business à bannir la violence. Toute autre attitude de déni serait une forme de complicité passive envers ce cycle de la violence.

Bien évidemment cela ne se fera pas sur 1 ou 2 ans mais sur un cycle beaucoup plus long : 5, 10, 15 ans mais encore une fois on ne s’en sortira pas autrement car bien que spectateurs nous sommes totalement acteurs de cette télévision mortifère….

Autre type d’attitude à adopter  : il faut lire de façon critique les comportements habituels que nous pouvions avoir et les dénuder en toute transparence. Par exemple  les chatiments corporels notamment sur les jeunes garçons font partie des facteurs de risque qui tendent à les pousser vers les voies de la délinquance. Il faut dans cet exemple que nous remplacions « corriger mon gamin » par « maltraiter mon gamin » et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres….

Pour être soi-même moins violent avec les autres il faut commencer par s’aimer soi-même…
Beaucoup d’analystes de la violence constatent que plus les populations ont une faible estime d’elles-mêmes, plus elles risquent de devenir violentes et d’engendrer une descendance violente…

 

Au niveau local :

Là encore il faut fonctionner à base des différents rapports qui préconisent de définir les indicateurs que l’on veut améliorer et d’entreprendre des mesures pour les faire évoluer dans le bon sens.

Par exemple si l’on se rend compte que il y a un taux énorme de drames familiaux et/ou conjugaux et que l’on finit par constater que dans une grande majorité des cas cela est dû à un manque d’estime de soi, alors il faut entreprendre au niveau local des campagnes de publicité incitant les habitants du territoire Guadeloupe à éduquer leurs enfants en les valorisant et en ne leur disant pas : « ou two couyon, ou pé ké janmin compren ayen… »….

Néanmoins adopter de tels pratiques est d’autant plus facile que l’on a déjà été élevé dans ce sens… Ainsi les parents qui ont été élevé à la dure doivent trouver les ressources au fond d’eux-mêmes pour admettre qu’élever un enfant à la dure ne fera que le diriger vers la délinquance….

Il faut s’aimer Soi et donc aimer tout ce qui constitue le Soi. C’est  donc pour moi, non seulement soi (ego) mais aussi tout notre environnement local, notre culture, notre pays, …. oserais-je employer le terme d’Egosphère… Oui, il est urgent pour les habitants de chaque territoire et notamment de notre belle Guadeloupe, d’apprendre/ré-apprendre à aimer le terroir, les gens du pays, les richesses du pays, il est nécessaire au niveau régional de passer à des campagnes d’informations visant à créer des sentiments d’autovalorisation….

Mais encore une fois cela ne se fera de façon intelligente et constructive que si l’on mesure les indicateurs, les effets induits, les feedback et que l’on entreprend des actions confirmatrices, ou correctrices….

Dans la suite de mon propos je propose de créer un impot sur la violence en faisant payer les diffuseurs de programmes un certain cout par droit de diffusion d’images violentes.

Pour que cette idée soit vérifiée et viabilisée il serait souhaitable que chaque région de France ait la capacité de fixer localement le coût de ce droit à la diffusion de violence. Ainsi les régions les plus violentes devraient être conduites à augmenter les droits de diffusion et les régions les moins violentes pourraient comme maintenant diffuser toute la violence voulue sans retenue…..

D’autres mesures pratiques pourraient être préconisées localement, mais je préfère m’en tenir là et glisser ver le niveau national….

 

Au niveau national :

On pourra répondre que la réponse institutionnelle est déjà prévue via le CSA. Pour informations il y a ce que fait le CSA (à quoi sert le CSA ?) et ce qu’il ne fait pas (extrait) :

  • Ce que ne fait pas le CSA :
    Extrait du
    site du CSA :
    Le CSA n’est pas un organe de censure : il n’intervient jamais auprès d’une chaîne de télévision ou d’une station de radio avant la diffusion d’un programme.
  •  Même s’il est attentif aux réactions des téléspectateurs, le CSA ne peut pas, en raison de la liberté éditoriale dont disposent radios et télévisions, demander de rétablir une émission supprimée, de programmer plus ou moins de films ou d’émissions de variétés, de moins rediffuser certains programmes.

En fait il faudrait une réforme de la constitution afin de renforcer les pouvoirs du CSA.

Le CSA devrait pouvoir quantifier, compter, classer le nombre de scènes violentes selon une norme internationale et valider cela pour chaque film devant être diffusé sur le territoire national.

Idem pour les journaux télévisés

Le CSA devrait pouvoir imposer un cahier des charges aux différentes chaines, leur imposant un nombre maximum annuel de scènes de violences par chaîne.

Les chaines de télévision devraient acheter le droit de diffuser chaque scène de violence.

Chaque scène de violence (tout type de programme confondu) doit être considérée comme une pollution sociale et il est dès lors légitime de faire payer les pollueurs.

Un tel dispositif aurait les avantages suivants :

1)      Pas de blocage des droits d’auteurs, pas de censure.
2)      Les auteurs s’arrangeraient pour minimiser le nombre d’actes violents dans leurs films et émissions.
3)      En fonction des périodes, des zones géographiques, des situations sociétales l’état pourrait réguler et contrôler un certain taux de violence.
4)      Un tel dispositif rapporterait de l’argent à l’état alors que son attitude actuelle qui consiste à laisser tout se faire devrait relever de l’incitation à la violence….

Pour mémoire je rappelle l’étude Canadienne citée en page 17 du Rapport KRIEGEL qui attribuait à l’introduction de la télévision une augmentation de 160% des actes de violences chez les enfants. Même si nous sommes sur des effets très difficiles à estimer statistiquement, nous savons pertinemment que nous sommes dans des  réductions significatives des actes de violences.

Didier JEANNE


[1] « La violence à la télévision » : rapport demandé par le Ministre de la culture de 2002 : Jean-Jacques AILLAGON à Madame Blandine KRIEGEL alors député…

[2] « Rapport mondial sur la violence et la santé » Sous la direction de Etienne G. Krug, Linda L. Dahlberg, James A. Mercy, Anthony Zwi et Rafael Lozano-Ascencio remis à Genève en 2002.

[3] Troubles de conduites chez l’enfant et l’adolescent : Cet ouvrage présente les travaux du groupe d’experts réunis par l’Inserm dans le cadre de la procédure d’expertise collective, pour répondre aux questions posées par la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs indépendants (Canam) sur le dépistage, la prise en charge et la prévention du trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent. Il s’appuie sur les données scientifiques disponibles en date du premier semestre 2005.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s